Défiance et vaccin
Alors que la Chine entame aujourd’hui une campagne de vaccination massive de la population, réalisée par le Ministère de la santé Chinois, les médecins français font quant à eux preuve de défiance vis-à-vis du vaccin contre la Grippe A H1N1. Seulement 42 % des médecins libéraux et 26 % des infirmières seraient disposés à se faire administrer le vaccin (Source : LeMonde.fr).
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette réaction dénote une certaine défiance générale du corps médical, assez prévisible en raisons du contexte polémique concernant le vaccin (principalement produit, pour la France, par les Laboratoires Sanofi-Aventis). La Ministre de la Santé Roselyne Bachelot a cependant déclaré, à l’occasion de son intervention dans l’émission Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, le 20 septembre :
« Par mesure de précaution, en attendant que les procédures de vérifications soient faites, nous proposerons aux femmes enceintes ou aux personnes immuno-déprimées des vaccins sans adjuvant ». Concernant les réticences des personnels de santé à se faire vacciner, la ministre s’est en revanche montrée confiante. « Je n’imagine pas qu’un professionnel de santé puisse ne pas se faire vacciner« , a-t-elle ajouté, contredisant des chiffres nettement plus pessimistes.
Qu’est-ce qui suscite cette résistance de la part de la profession médicale ?
Outre les « syndromes de Guillain-Barré », dont les corrélations avec le vaccin anti-grippal semblent désormais « établies et quantifiées », il demeure le problème des adjuvants.
De quoi s’agit-il exactement ?
Une interview du Professeur Daniel Floret, Directeur technique du Haut Conseil de la Santé publique, réalisée par LCI, donne certaines informations sur le rôle des adjuvants, substance nécessaire pour « renforcer l’immunogénicité et l’efficacité » des vaccins (Source : OMS) ; Mais aussi, sujet réccurent d’inquiétude parmi la population et les professionnels de la santé.
Dans les vaccins, les adjuvants sont des produits dits inertes qui ajoutés au vaccin stimulent la réaction immunitaire donc renforcent la fabrication d’anticorps. Normalement, dans le cas d’un virus pandémique, il faut deux doses de vaccins. Avec un adjuvant on commence à être protégé dès la première injection. En cas de mutation du virus, on reste protégé. Les adjuvants sont utilisés depuis toujours dans la plupart des vaccins comme le tétanos, la diphtérie.
Le site de l’Organisation Mondiale de la Santé précise quant à lui qu’ils sont souvent composés de « sels d’aluminium » (alins), « généralement considérés comme sans danger ». Une telle définition est-elle une invitation au sacro-saint « principe de précaution » ? L’OMS n’est pas en reste à ce niveau-là :
« Un grand nombre de ces nouveaux adjuvants étant susceptibles d’entrer dans la composition de vaccins destinés à répondre à des situations d’endémie [...], des systèmes de surveillance de la sécurité de ces nouveaux vaccins devront être établis ».
Plus précisément, de quelle nature sont les produits « inertes » contenus dans le vaccin contre la grippe A H1N1 ? Le Professeur précise qu’il ne s’agit pas de sels d’aluminium mais de « squalène », un autre type d’adjuvant utilisé pour les vaccins anti-grippaux :
Il s’agit d’une « substance que l’on trouve à l’état naturel dans les plantes, chez l’animal et chez l’homme. Dans l’organisme humain, il est synthétisé dans le foie et véhiculé par la circulation sanguine. On le trouve également dans différents aliments, produits cosmétiques, médicaments en vente libre et compléments alimentaires ».
Et la définition donnée par l’OMS :
Le squalène, une huile naturelle, est ajouté à certains vaccins pour renforcer leur efficacité. Comme il pourrait devenir un composant essentiel des nouveaux vaccins contre le paludisme et la grippe pandémique, le Comité a analysé les informations sur son innocuité dans les vaccins lors de sa réunion des 6 et 7 juin 2006.
Toujours selon cette organisation mondiale, aucune « réaction indésirable grave » n’a encore été observé lors de l’administration d’un vaccin contenant cet adjuvant, qu’il s’agisse du vaccin contre le HPV (papillomavirus humain) ou du vaccin anti-grippal saisonnier. Cependant, précise le Directeur technique du HCSP, « des réserves ont été émises car on n’a pas d’expérience d’utilisation de ce vaccin sur certaines populations dites fragiles comme les femmes enceintes, les enfants de moins de deux ans, ainsi que les sujets immunodéprimés tels que les transplantés ».
C’est pourquoi le laboratoire Baxter propose désormais des vaccins sans adjuvants, ainsi que les laboratoires Sanofi-Aventis : A propos de la livraison des vaccins en France, LeMonde précise :
Le groupe pharmaceutique français Sanofi-Aventis pourra livrer à la France ses vaccins contre la grippe H1N1 « à partir de fin novembre », estime son directeur général Chris Viehbacher dans un entretien publié lundi dans Le Figaro. « L’agence européenne du médicament n’a pas encore homologué les vaccins. Nos données cliniques seront prêtes à la mi-octobre (…). Il faudra ensuite quelques semaines pour obtenir les approbations. Nous pourrons livrer la France à partir de fin novembre », déclare M. Viehbacher. Il explique aussi que son laboratoire soumettra deux dossiers aux autorités sanitaires. L’un pour un vaccin avec adjuvant, l’autre sans adjuvant.
Qu’en est-il de ce qui nous intéresse le plus dans tous ça – à savoir le droit positif Français au sujet de la vaccination des personnels de santé ?
Le Code de la Santé énonce ainsi :
Article L3111-1La politique de vaccination est élaborée par le ministre chargé de la santé qui fixe les conditions d’immunisation, énonce les recommandations nécessaires et rend public le calendrier des vaccinations après avis du Haut Conseil de la santé publique.
Un décret peut, compte tenu de l’évolution de la situation épidémiologique et des connaissances médicales et scientifiques, suspendre, pour tout ou partie de la population, les obligations prévues aux articles L. 3111-2 à L. 3111-4 et L. 3112-1.
Dans le cadre de leurs missions, les médecins du travail, les médecins des infirmeries des établissements publics locaux d’enseignement et des services de médecine préventive et de promotion de la santé dans les établissements d’enseignement supérieur, les médecins des services de protection maternelle et infantile et des autres services de santé dépendant des conseils généraux ou des communes participent à la mise en oeuvre de la politique vaccinale.
en outre :
Article L3111-4Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l’exposant à des risques de contamination doit être immunisée contre l’hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe.
On peut donc constater que, dans l’ensemble, des dispositions légales encadrent assez strictement les obligations du corps médical en matière de vaccination. Non seulement les médecins et infirmières doivent participer à la mise en oeuvre de la politique vaccinale arrêtée par le ministre, mais il leur était opposé une obligation légale de se faire immuniser contre la grippe lorsqu’ils sont exposés « à des risques de contamination ».
En effet, le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006, art. 1, énonce :
» L’obligation vaccinale contre la grippe prévue à l’article L. 3111-4 du code de la santé publique est suspendue. «
Voilà une bonne nouvelle pour les réfractaires, qui semblent d’ailleurs être au courant…
Le taux de contamination de la grippe A H1N1 dite « grippe porcine » est particulièrement élevé (chiffre exact inconnu), sa propagation est donc importante. Cependant son taux de mortalité reste assez bas : 1,043%.
Pour obtenir ce résultat, je me sers de la la Une du journal « Le Monde » du lundi 31 août 2009, dont il ressortait que le taux de mortalité était de « 2185 personnes » pour environ « 209 438 individus infectés » dans plus de 177 pays.
Reste à savoir si « l’évolution de la situation épidémiologique et des connaissances médicales et scientifiques », dont dispose l’alinéa 2 de l’article L3111-1 du Code de la Santé Publique, pourront éventuellement permettre au corps médical de déroger sans complication à ces nécessités de santé publique – et à la France de passer en état d’alerte pandémique de niveau 6, ce qui paralyserait un temps les milieux scolaires, les lieux publics et même l’industrie du spectacle. La Chine, comme on le disait au début de l’article, à quant à elle pris les devants pour que rien ne vienne entraver les festivités marquant le 60e anniversaire de la République populaire :
Le 21 septembre, Pékin a pris les devants en Chine en débutant les vaccinations contre la grippe H1N1″, a indiqué un communiqué du Bureau de la santé de la capitale sur son site Internet. « Nous menons actuellement une campagne de vaccinations en priorité pour les étudiants qui vont participer aux festivités de la fête nationale. Pour assurer un bon travail de vaccination réglementaire, efficace et sûr, le Bureau municipal de la santé a détaché 500 médecins et infirmières qualifiés et expérimentés des meilleurs hôpitaux pour former 49 groupes de vaccination […] qui se sont rendus dans les universités, les lycées et les écoles afin de mener des campagnes de vaccination préventives. »
En France, on attend toujours de savoir jusqu’où notre gouvernement suivra le mouvement. A l’heure de la rentrée des classes, déjà bien avancée, le fantôme d’une France « ville morte » continue de hanter les esprits des contestataires de la virulence du virus phénomène de l’été passé.
Affaire à suivre, donc…
Sources : LeMonde.fr, HCSP.fr, tf1lci.fr, le dossier spécial de l’OMS sur la grippe H1N1 2009, et le site de Légifrance.