Lisbonne et le Chaudron Irlandais
Quand la crise économique sévit, même le paysage de la votation européenne change.
L’Irlande a été de prime abord l’un des opposants les plus farouches au Traité de Lisbonne : le 13 juin 2008, la participation du peuple du trèfle était de 53,1% pour un pourcentage analogue d’opposition au Traité de Lisbonne (53,4%) ; cette résistance mettait à mal le climat institutionnel de l’Europe, puisque le nouveau traité avait pour condition de son entrée en vigueur la ratification obligatoire de l’ensemble des Etats membres de l’Union Européenne.
Qu’à cela ne tienne : Le 04 octobre 2009, le franc « no » s’est métamorphosé en un « yes » de détresse à l’orée du bilan (provisoire) de l’impact de la crise économique mondiale. L’Irlande se trouve être l’un des pays les plus touchés d’Europe. En effet, après la croissance exceptionnelle connue dans les années 90, l’effervescence a disparue dans un douloureux retour de cette lune de miel économique : Le PIB est en perte de 8% et le taux de chômage a, depuis le dernier vote, dépassé les 15% (soit trois fois plus qu’en juin 2008 selon Euronews).
Pourquoi ce revirement ? Selon la ministre irlandaise des affaires familiales et sociales :
“Les gens ont voté non pour de bonnes raisons la dernière fois, a estimé la ministre irlandaise des affaires familiales et sociales. Ils étaient préoccupés par les problèmes de neutralité, de fiscalité, de droit à la vie, par la perte d’un commissaire. Nos collègues européens nous ont donné des garanties sur ces questions. Et parce que la population regarde vers l’avenir de l‘économie irlandaise et notre place dans l’ Europe, nous croyons que le oui sera majoritaire.”
La population exprime en partie aussi une crainte grandissante de l’isolement, pour un pays qui comme beaucoup d’autres n’a plus les moyens de se replier sur lui-même. Exit le protectionnisme bien dépassé, et bienvenue à la communauté européenne, comme en 1973 selon le gouvernement.
Declan Ganley, instigateur du « non » en 2008, ne peut que constater que les temps ont changé. Concernant la grande crise, la formule est euphémiste. Le beau pays de St Patrick n’est plus à la fête et le chaudron des leprechauns, considérablement vidé, fait grise mine.
L’expression du « yes » irlandais s’est donc faite à 67%, ouvrant la voie à la ratification du traité – ce qui lui a valu par ailleurs un message de félicitation des principaux dirigeants de l’UE. Reste à gérer les derniers bastions de résistance : La Pologne, dont le Président s’était engagé à suivre l’Irlande en cas de vote favorable, la Finlande et enfin la République Tchèque, qui a eu droit à un encouragement officiel « à ne pas bloquer l’entrée en vigueur du nouveau cadre institutionnel européen ». On ne parlera pas d’un petit coup de pression ici, car enfin, il s’agit de la crise qui a nécessité le G20. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, pourrait-on dire. Un recours a cependant été présenté par un groupe de sénateurs libéraux tchèques devant la Cour constitutionnelle. Si elle se déclare compétente, la décision pourrait finalement prendre de 3 à 6 mois à être rendue.
A ce sujet, LeMonde publie les propos du président eurosceptique Vaclav Klaus :
La question ne se pose pas aujourd’hui. J’ai l’interdiction [de ratifier] tant que la cour constitutionnelle n’aura rien publié.
Cependant, le premier ministre Jan Fischer a déclaré que son pays ratifierait le traité de Lisbonne avant la fin de l’année.
Un communiqué du Président Nicolas Sarkozy précise :
« La France souhaite que les Etats qui ne l’ont pas encore fait achèvent le plus rapidement possible leur procédure de ratification pour que le traité de Lisbonne puisse entrer en vigueur avant la fin de l’année, comme les 27 s’y sont engagés »
Précisons tout de même que pour l’instant, si les 27 pays se sont effectivement engagés dès l’origine à ce qu’un traité entre en vigueur une fois ratifié dans tous les pays membres, ils ne sont pour l’instant que 24 à l’avoir fait officiellement pour le traité de Lisbonne. Mais la complétude ne devrait pas tarder.